L’histoire de Girardin

Eugéne de Girardin

Premières années…

1828

Une jeunesse angevine

Eugène de Girardin naît en 1828, non loin d’Angers (Maine-et-Loire), dans une famille de l’aristocratie.
Son père est un ancien officier de la Garde royale. Fervent légitimiste, il a combattu lors de l’insurrection de 1832, au cours de laquelle il a perdu un frère.
Sa mère est issue d’une ancienne famille angevine qui a prit part aux guerres de Vendée. Elle a apporté à son époux le domaine de la Haute Bergère, où naissent leurs quatre enfants.
Le frère aîné d’Eugène servira en Algérie dans les Chasseurs et achèvera sa carrière lieutenant-colonel. Le cadet, ancien élève de l’École polytechnique, atteindra le grade de général de brigade de cavalerie.
Leur sœur épousera un officier.
La vie campagnarde du garçon prend fin à 12 ans, lorsque son père le met, avec son frère aîné, en pension au collège de Vendôme. Eugène va y demeurer six ans.

La Haute Bergère, Saint-Léger des Bois, Maine et Loire

Cette propriété est apportée par Marie-Josephe de Meaulne à son époux Eugène de Girardin. C’est là que naît et grandit leur fils Eugène.
Photographie, 2000, collection particulière.

Épisodes des guerres de Vendée – Combat de la Pénissière, le 6 juin 1832

Une cinquantaine de Vendéens résistent à une troupe dix fois plus nombreuse. Eugène de Girardin père est à leur tête. Il perdra un frère dans les combats.

Carte postale ancienne, XXe siècle, collection particulière.

1840

Le collège de Vendôme

En 1840, Eugène de Girardin et son frère Alfred entrent comme pensionnaires au collège de Vendôme (Loir-et-Cher).
Établissement réputé, celui-ci a accueilli Rochambeau, héros de la guerre d’Indépendance américaine, Las Cases, auteur du Mémorial de Sainte Hélène, Decazes, ministre de l’Intérieur de la Restauration, Balzac, auteur de la Comédie humaine ou Fouché, ministre de la Police de Napoléon Ier, qui y fut surveillant… Dans cette institution qui affirme présenter aux familles « tous les avantages et toutes les garanties désirables pour l’éducation, l’instruction et le bien-être des élèves », le garçon témoigne de belles aptitudes intellectuelles et physiques. Il se distingue en versions grecque et latine, écriture, équitation…

Cependant Eugène de Girardin ne figure plus sur les registres du collège lors de la remise des prix de la fin de 1846. On ignore la faute qui lui vaut son renvoi. À cette nouvelle, M. de Girardin père refuse de recevoir son fils sous son toit. Le jeune homme, qui vient d’avoir 18 ans, se fait alors mousse pour « les Amériques »…

Honoré Balzac, ancien élève, 1807-1813

L’écrivain Honoré de Balzac fut pensionnaire à Vendôme, comme Girardin quelques années plus tard. Il rapporte son séjour dans le roman Louis Lambert.
Médaillon de bronze encastré, cour d’honneur, XXe siècle, mairie de Vendôme

Ensemble des bâtiments du lycée de Vendôme au XIXe siècle

Collège de renom puis lycée réputé, les bâtiments sont affectés à la mairie de Vendôme en 1972.
Gravure, vers 1850, collection particulière.

Voyage dans les mauvaises terres du Nebraska

1849

Le récit de Girardin

En 1864, « E. de Girardin (de Maine-et-Loire) » signe, dans la revue de voyage Le Tour du Monde, un article intitulé Voyage dans les Mauvaises Terres du Nebraska.
Celui-ci relate la première expédition du jeune homme dans l’Ouest américain, en 1849.
Ce texte est accompagné de gravures réalisées « d’après les croquis rapportés par le voyageur ».
Ses premières lignes ouvrent les dix années qu’Eugène de Girardin va passer à sillonner le Far West :

« J’avais été chercher fortune à Saint-Louis, la grande cité du Missouri ; tour à tour commissionnaire, colporteur, ou conducteur de mulets, j’allais aussi, moi, suivre le courant de l’émigration, vers la terre promise de Californie, quand je rencontrai un géologue américain qui devait partir ce jour même pour un long voyage d’explorations à travers le continent américain. J’obtins de l’accompagner comme dessinateur ; on me demanda deux heures pour faire tous, mes préparatifs de voyage ; c’est-à-dire, acheter un pantalon de peau de daim, deux chemises de laine, un revolver et une carabine, et je m’embarquai sur le steamboat Iowa, au milieu d’une cohue et d’un brouhaha des plus étourdissants. »

Voyage dans les Mauvaises Terres du Nebraska, par E. de Girardin.

En 1864, Girardin publie un article rapportant sa première expédition dans l’Ouest dans la revue de voyage Le Tour du Monde.
Lancelot, gravure d’après Girardin, 1864, in Le Tour du Monde.

L’équipage du steamboat coupe du bois pour alimenter la chaudière.

« Comme le pays est complètement inhabité et que l’on n’y trouve ni charbon, ni bois coupé d’avance, nos quatre-vingts hommes d’équipage, armés de haches, font un terrible dégât dans les vieilles forêts de cèdres ou de peupliers des deux rives. » E. de Girardin
E. de Girardin, 1849, crayon et gouache, collection particulière.
1850

Dans les Grandes Plaines

Bateau à roue, l’Iowa dessert une fois par an les postes du haut Missouri, situés loin au-delà de la Frontière, cette ligne mythique qui sépare la civilisation de l’Ouest sauvage.
Au terme d’un mois de navigation, le navire atteint le fort Pierre Chouteau, poste de traite de l’American Fur Company fondé par un Français.
Les voici en plein territoire sioux, au cœur des Grandes Plaines.
Guidés par un franco-canadien et un Sioux, les sept hommes qui composent l’expédition gagnent les Mauvaises Terres. Le Dr John Evans la conduit. Il est à la recherche de pétrifications et de fossiles dans ce spectaculaire tourment géologique que constituent les Badlands.
Revenus au Fort Pierre, les explorateurs assistent au grand rassemblement de la nation Dakota. Avant de repartir pour le confluent du Missouri et de la Yellowstone, qu’ils n’atteindront pas sans perdre un homme.
Trois jours plus tard, les voici à Fort Union. C’est le dernier poste américain sur le haut Missouri.
S’ils poursuivent vers l’ouest, ils trouveront les montagnes Rocheuses. Puis l’Oregon, que borde le Pacifique…

Carte des Mauvaises Terres du Nebraska.

Girardin est employé comme dessinateur par un géologue américain, le Dr Evans. Les deux hommes vont explorer l’Ouest ensemble plusieurs années durant.
John Evans, 1850, in Le Tour du Monde.

Le Fou, guide indien dans les Grandes Plaines.

« Un des nombreux beaux-frères du gouverneur se décide à nous accompagner. On l’avait surnommé le fou à cause de ses excentricités, et on eût été enchanté de s’en débarrasser. » E. de Girardin
Lancelot, gravure, 1864, in Le Tour du Monde.

L’exploration pour une route de chemin de fer

1851

L’Oregon et le Washington

Après le voyage dans les Mauvaises Terres du Nebraska de 1849-50, Eugène de Girardin poursuit l’exploration de l’Ouest au coté du Dr John Evans.
Les deux hommes et leurs compagnons marchent sur les pas de Lewis et Clark, les premiers Américains à avoir atteint le Pacifique par voie terrestre.
Franchissant les montagnes Rocheuses à l’occasion d’une nouvelle expédition, leur petite troupe atteint la Columbia River et Oregon City à la fin de 1851.
Evans est alors présenté par la presse comme l’un des géologues mandatés par le gouvernement pour explorer l’Oregon.
Ainsi peut-on découvrir dans les albums des dessins réalisés en Oregon dès 1852.
Ce territoire, organisé depuis 1848, ne compte alors pas plus de 15 000 colons…

Le Dr John Evans, explorateur de l’Oregon et du Washington.

« Les Dr. Evans et Shumard, les géologues employés par le Gouvernement pour explorer l’Oregon, sont arrivés ici il y a quelques temps. Le premier est arrivé il y a plusieurs semaines, ayant accompli le voyage par les terres depuis Saint-Louis accompagné de deux hommes. »
Oregon Spectator, 18 novembre 1851

Guerrier indien.

En 1853, le Dr. Evans est, en raison de sa bonne connaissance des routes vers le Nord-Ouest, nommé géologue de l’expédition pour une route de chemin de fer vers le Pacifique (voie nord). Girardin est à ses côtés.
E. de Girardin, vers 1855, crayon et gouache, collection particulière.
1853

Le gouverneur Isaac Stevens

En 1853, le gouverneur du nouveau territoire du Washington, Isaac Stevens, prend la tête d’une expédition d’exploration pour le tracé d’une ligne de chemin de fer vers le Pacifique entre les 47ème et 49ème parallèle Nord, de Saint Paul à Puget Sound.
C’est l’une des six expéditions lancées par le Département de la Guerre en 1853. La route suivie par Stevens est voisine de celle de Lewis et Clark.
L’expérience d’Evans lui vaut d’être recruté par Stevens comme géologue de l’expédition. Ce dernier qualifie Girardin de son « assistant » dans son rapport final.
C’est l’occasion pour Girardin de dessiner quelques uns des chefs et guerriers nez percés, palouses ou spokanes croisés lors de la signature des traités proposés par le gouverneur Stevens aux tribus indiennes du Nord-Ouest, comme celui de Walla Walla en 1855.
Ces accords sont iniques. Les Américains accaparent les vastes et riches territoires du plateau et du bassin de la Columbia. Les tribus autochtones sont repoussées vers les parties les plus ingrates du pays.
Certains Indiens ne tolèrent pas cette injustice et se révoltent. Girardin signe un dessin de la Columbia River « during the war ». Un autre de Cascades « deux jours après le massacre »…

Camp Express Spring

Les deux hommes font une partie du voyage au côté des soldats et artistes commandés par Isaac I. Stevens.
Girardin, vers 1855, crayon et encre, collection particulière.

Le gouverneur Isaac Stevens (1818-1862)

« J’appris qu’un assistant du Dr. Evans, Girardin, avait été envoyé à M. MacTavish, facteur principal à Vancouver, avec des informations sur l’or… » Stevens in Rapport d’explorations pour une route de chemin de fer du Mississippi au Pacifique, 1853-55.
Colonel Isaac I. Stevens, vers 1861, photographie, collections spéciales de l’Université du Washington.

L’exploration de l’Oregon et du Washington

1855

Le Dr John Evans

Tandis que le gouverneur Stevens combat les Indiens réfractèrent à son autorité, Eugène de Girardin et le Dr. John Evans sillonnent le Nord-Ouest en tous sens.
Les annotations portées en marge des dessins de Girardin permettent de voir que les deux hommes atteignent, au cours de leurs explorations, l’Ile de Vancouver (Canada) comme la vallée du Grand Lac Salé (Utah) qui marquent les extrémités sud et nord du vaste « Empire du Nord-Ouest » américain (Idaho, Washington, Oregon), situé au-delà de la vaste chaîne des montagnes Rocheuses (Montana).
Le premier de tous, le géologue a entrepris d’explorer scientifiquement l’Oregon et le Washington. Il ne s’interrompt que pour rejoindre la côte est par voilier afin d’obtenir des subsides auprès du Congrès.
Hélas, son rapport (Geological Survey of Oregon and Washington Territories) ne sera jamais publié. Il est aujourd’hui perdu.
Seuls subsistent des fragments de son journal. Mais surtout le mystère qu’il a fait naître autour de la fameuse météorite de Port Oxford.

Rocky Mountains, 1853.

Premier explorateur scientifique de l’Oregon et du Washington, le Dr John Evans (1811-1861) ne cesse de gagner le Nord-Ouest par la terre en franchissant les montagnes Rocheuses avant de retourner chercher des subsides auprès du Congrès en regagnant la côte est des États-Unis par mer, via le Panama.
E. de Girardin, crayon et encre, 1853, collection particulière

Mont Sainte-Hélène, 1855.

Avec Girardin, il explore en tous sens la côte et le Plateau de l’ « Empire du Nord-Ouest », qu’il connaît alors mieux que quiconque.
E. de Girardin, gouache, 1855, collection particulière.
1856

Le mystère de la météorite de Port Oxford

À Washington D.C. pour obtenir de nouveaux financements au cours de 1856, le Dr Evans présente un fragment de météorite rare.
Il assure que celui-ci provient d’une météorite de 10 tonnes trouvée dans la région côtière de Port Oxford, en Oregon.
Mort sans en avoir dit ou écrit plus, Evans laisse le champ libre aux chercheurs de trésor. Et il y en a : le pallasite de Port Oxford est estimé 300 millions de dollars !
Nul n’est encore parvenu à le découvrir lorsque, à l’aube des années 1990, le FBI fait une annonce spectaculaire : l’échantillon rapporté par Evans proviendrait de la météorite d’Imilac, tombée au Chili.
Evan a-t-il acquis un fragment du pallasite d’Imilac lors d’un passage par le Panama, où il s’en vendait ? Et a-t-il, dès lors, menti en déclarant l’avoir trouvé en Oregon ?
À moins que ne se trouve, dans les albums de Girardin, un indice menant à ce trésor perdu…

Port Oxford, sur la côte de l’Oregon

Evans rencontre des difficultés croissantes pour voir ses expéditions financées. Ses rapports sont perdus en route, le Congrès rechigne à payer…

Department of Oregon Map of the state of Oregon and Washington Territory. Département de la Guerre, Washington, 1859

Fragment de la météorite de Port Oxford.

En 1856, Evans déclare avoir trouvé une météorite rare d’une incroyable taille près de Port Oxford, sur la côte de l’Oregon. Elle est estimée à 300 millions de dollars ! Il faudra une enquête du F.B.I. pour qu’éclate la vérité…
Le pallasite d’Imilac, Christopher Ebel, photographie, musée américain d’histoire naturelle.

Après...

1864

La France

Le dernier dessin daté des albums l’est de 1859.
Le Voyage dans les Mauvaises-Terres du Nebraska paraît en 1864 à Paris.
Girardin est signalé comme « propriétaire » en Maine-et-Loire en 1878.
On le retrouve près de Paris le jour de l’An 1880. Invité par un ancien ami de collège, il lui laisse ses albums de dessins en souvenir avant de disparaître à nouveau…

Première page du Voyage dans les Mauvaises Terres du Nebraska.

De retour en France, Girardin publie une relation de sa première expédition dans les Badlands dans une revue de voyage.
Le Tour du Monde, Paris, 1864.

« Tous les dessins joints à cette relation ont été exécutés par M. Lancelot, d’après les croquis rapportés par le voyageur. »

Lancelot, guerrier sioux, gravure, 1864.
1888

Le Panama

Une généalogie déclare Eugène de Girardin mort à l’âge de 59 ans « colon au Panama », soit au courant de l’année 1888. C’est aussi celle de l’hécatombe dans le contingent français qui travaille, en vain, au percement d’un canal vers le Pacifique.
Le Washington entre cette année-là dans l’Union américaine. Les États-Unis achèvent de se donner à l’Ouest un océan pour frontière. Les guerres indiennes prennent peu après fin par un ultime massacre dans les Grandes Plaines. La Frontière n’est plus.
Eugène de Girardin ne laisse pas de descendants connus et sa famille est aujourd’hui éteinte.
Subsiste de ses dix années de voyage ses textes et ses dessins, qui nous plongent au cœur de cette période mythique qu’est la conquête de l’Ouest américain.

Carte de l’isthme de Panama montrant le canal proposé et le chemin de fer.

L’histoire montre que le Dr Evans a plus d’une fois regagné la côte est des États-Unis en passant par le Panama. Le canal n’existait pas encore…
Londres, 1885.

Action de la Compagnie du Canal de Panama.

Débuté en 1880 sous l’impulsion du Français Ferdinand de Lesseps, le canal de Panama est un désastre sanitaire avant de devenir un scandale financier. Il sera achevé par les Américain en 1914.
Paris, 1888.

Les dessins

1828

Les dessins du Far West

Présent dix années durant aux États-Unis et au Canada le crayon à la main, Eugène de Girardin laisse très naturellement des dessins dans ces pays : quelques-uns dans des institutions américaines et une vingtaine aux Archives nationales du Canada. La plus grande quantité – près de 200 pièces – se trouve conservée en France, dans les albums de dessins rapportés de ses voyages. Les voici accessibles pour la première fois…

Les dessins de Girardin

La plus grande quantité – près de 200 pièces – se trouve conservée en France, dans les albums de dessins rapportés de ses voyages. Les voici accessibles pour la première fois…
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